-->
19 juin 2024 Par Philippe Renaud Non

La guerre économique menée par les États-Unis contre ses alliés

La guerre économique menée par les États-Unis contre ses alliés

L'affaire Alstom, qui a vu le rachat de la branche énergie du groupe français par l'américain General Electric en 2014, est emblématique de la stratégie agressive menée par les États-Unis pour affaiblir les entreprises concurrentes, même parmi ses alliés. Cette acquisition controversée s'inscrit dans un vaste mouvement de prises de contrôle d'entreprises stratégiques européennes par des groupes américains.

Utilisation extraterritoriale du droit américain

Les États-Unis ont fait un usage musclé des lois américaines à portée extraterritoriale pour poursuivre des entreprises non-américaines, y compris des alliés comme la France. C'est ce qui s'est produit dans l'affaire Alstom, où le groupe français a été contraint de plaider coupable pour corruption et de payer une amende record de 772 millions de dollars en 2014.

Cette décision a précipité la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric, dans un contexte où le groupe français était très affaibli financièrement. Plusieurs hauts dirigeants d'Alstom ont même été incarcérés aux États-Unis dans le cadre de cette affaire. Bien que le PDG Patrick Kron ait toujours démenti un lien direct entre l'amende et la vente, cette affaire judiciaire a clairement fragilisé Alstom et facilité son acquisition par un concurrent américain.

Stratégie d'influence économique américaine

L'affaire Alstom illustre la stratégie agressive menée par les États-Unis pour affaiblir les concurrents étrangers, y compris des alliés, et favoriser les transferts de technologies vers les entreprises américaines. Comme l'explique le journaliste Jean-Michel Quatrepoint, les États-Unis ont développé un "soft power" leur permettant d'imposer leur puissance économique, plutôt que d'utiliser la corruption comme "l'arme des faibles".

Cette volonté américaine de conserver un avantage technologique s'est renforcée après la chute du mur de Berlin en 1989. Dès 1993, le secrétaire d'État Warren Christopher réclamait les mêmes moyens que pendant la Guerre Froide pour faire face à la compétition économique mondiale. Les agences américaines comme la NSA ont ainsi été mobilisées pour espionner les entreprises alliées et favoriser les transferts de technologies vers les États-Unis.

Désindustrialisation de la France

Le rachat de fleurons industriels français comme Alstom par des groupes étrangers illustre la désindustrialisation de la France, selon des experts comme Gérard Araud. Des activités stratégiques comme la production de turbines nucléaires d'Alstom ont ainsi été cédées à General Electric, fragilisant la souveraineté industrielle française.

Comme l'explique Frédéric Pierucci, ancien cadre d'Alstom emprisonné aux États-Unis, "l'affaire Alstom montre que les États-Unis n'hésitent pas à utiliser tous les moyens pour affaiblir les entreprises européennes et favoriser les leurs". Le gouvernement français tente de rattraper ce retard en faisant racheter par EDF les activités nucléaires cédées à GE.

Au-delà d'Alstom, de nombreuses entreprises stratégiques comme Alcatel, Péchiney ou Arcelor ont été cédées à des groupes étrangers ces dernières décennies, illustrant le manque de vision industrielle en France selon des experts. Face à la stratégie agressive des États-Unis, le gouvernement français peine à protéger ses fleurons industriels jugés stratégiques.

En conclusion, l'affaire Alstom révèle les méthodes musclées utilisées par les États-Unis pour favoriser leurs entreprises face à la concurrence européenne, même parmi ses alliés. En fragilisant délibérément des groupes comme Alstom, les autorités américaines facilitent leur acquisition par des concurrents américains, au détriment de la souveraineté industrielle française. Une stratégie de guerre économique à laquelle le gouvernement français peine à répondre efficacement.