L’interdiction du train des primeurs de la sncf

L’Interdiction du Train des Primeurs de la SNCF : Enjeux et Conséquences

L'Interdiction du Train des Primeurs de la SNCF Enjeux et Conséquences

Le « train des primeurs« , une liaison ferroviaire emblématique entre Perpignan et le marché de Rungis près de Paris, est à nouveau menacé de disparition définitive. Cette ligne de fret ferroviaire, qui transporte des fruits et légumes depuis le sud de la France vers la capitale, cristallise les débats autour de l’avenir du transport de marchandises par rail en France et des enjeux écologiques qui y sont liés.

Un Symbole du Fret Ferroviaire Français

Le train des primeurs, lancé en 1986, est devenu au fil des années un véritable symbole du transport de marchandises par voie ferrée en France. Cinq fois par semaine pendant la saison des primeurs, de novembre à juillet, ce convoi réfrigéré achemine des fruits et légumes frais depuis le marché Saint-Charles de Perpignan jusqu’au marché international de Rungis, le « ventre de Paris ».

Ce service ferroviaire permet de transporter l’équivalent de 18 camions par trajet, soit potentiellement jusqu’à 20 000 poids lourds évités sur les routes chaque année. Il représente donc un atout majeur en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution atmosphérique liée au transport routier.

Cependant, malgré son intérêt écologique évident, le train des primeurs a connu une histoire mouvementée ces dernières années, alternant périodes d’activité et de suspension.

Une Liaison Menacée à Plusieurs Reprises

En juillet 2019, le train des primeurs avait été suspendu une première fois, officiellement pour cause de vétusté du matériel roulant. Cette décision avait suscité de vives réactions, notamment de la part des syndicats et des défenseurs de l’environnement. Après deux ans d’interruption et une forte mobilisation, le service avait finalement été relancé en octobre 2021, sous l’impulsion du Premier ministre de l’époque, Jean Castex.

Mais aujourd’hui, le train des primeurs est à nouveau menacé de disparition. Selon des documents internes révélés fin mai 2024, la liaison pourrait s’arrêter définitivement après le mois de juin. Cette fois-ci, la raison invoquée n’est pas technique mais liée à des contraintes réglementaires européennes.

Le Contexte : Le Démantèlement de Fret SNCF

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 2023. Cette année-là, la Commission européenne a ouvert une enquête pour concurrence déloyale à l’encontre de Fret SNCF, la filiale de transport de marchandises de la SNCF. Bruxelles réclamait le remboursement de 5,3 milliards d’euros d’aides publiques jugées illégales.

Face à cette menace, le gouvernement français a dû négocier avec la Commission européenne. Pour éviter la faillite de Fret SNCF, l’État s’est engagé à mettre en œuvre un « plan de discontinuité », prévoyant notamment l’abandon de certaines lignes de fret au profit de la concurrence.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la possible disparition du train des primeurs. La liaison Perpignan-Rungis fait en effet partie des 23 lignes que Fret SNCF doit céder à la concurrence dans le cadre de ce plan de restructuration.

Une Situation Complexe

La situation est d’autant plus complexe que plusieurs obstacles se dressent sur la voie du maintien du train des primeurs :

Les Conséquences d’un Arrêt Définitif

Si le train des primeurs venait à disparaître définitivement, les conséquences seraient multiples :

Les Réactions et Mobilisations

Face à cette menace, de nombreuses voix s’élèvent pour défendre le maintien du train des primeurs :

Les Alternatives Envisagées

Face à la possible disparition du train des primeurs, plusieurs pistes sont évoquées pour maintenir un service de transport ferroviaire de marchandises entre Perpignan et Rungis :

Les Enjeux pour l’Avenir du Fret Ferroviaire en France

La situation du train des primeurs s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés pour le fret ferroviaire français. Alors que le gouvernement a affiché des ambitions de doubler la part modale du rail dans le transport de marchandises d’ici 2030, la réalité du

terrain semble en décalage avec ces objectifs.

Plusieurs défis majeurs se posent pour l’avenir du fret ferroviaire en France :

Vers une Relance « Plus Verte » du Fret Ferroviaire ?

Face à ces défis, le gouvernement français a annoncé en 2020 un plan de relance du fret ferroviaire, avec un investissement de 1 milliard d’euros sur la période 2021-2024. Ce plan vise notamment à :

Parallèlement, la SNCF s’est engagée dans une démarche de verdissement de sa flotte, avec l’objectif d’atteindre le « zéro émission » d’ici 2035. Cela passe notamment par le développement de trains bimodes et électriques, ainsi que par l’utilisation de biocarburants pour réduire l’empreinte carbone des locomotives diesel encore en circulation.

Conclusion : Un Symbole à Sauver

Le train des primeurs est bien plus qu’une simple liaison ferroviaire entre Perpignan et Rungis. Il est devenu au fil des années un véritable symbole des enjeux liés au transport de marchandises en France, cristallisant les débats autour de la transition écologique, de la politique des transports et de l’aménagement du territoire.

Sa possible disparition soulève des questions cruciales sur l’avenir du fret ferroviaire en France et, plus largement, sur la capacité du pays à tenir ses engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports.

Alors que les négociations se poursuivent entre la France et la Commission européenne sur l’avenir de Fret SNCF, le sort du train des primeurs reste incertain. Sa sauvegarde nécessitera sans doute une mobilisation forte de tous les acteurs concernés : pouvoirs publics, entreprises, syndicats et citoyens.

Au-delà du cas particulier de cette liaison, c’est tout un modèle de transport de marchandises qui est en jeu. Dans un contexte d’urgence climatique, le développement d’alternatives crédibles et durables au tout-routier apparaît plus que jamais comme une nécessité. Le train des primeurs pourrait bien être le symbole de cette transition vers un transport de marchandises plus respectueux de l’environnement, à condition que les moyens nécessaires soient mis en œuvre pour assurer sa pérennité et son adaptation aux défis du 21e siècle.

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