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26 juin 2024 Par Philippe Renaud Non

Les scandales financiers d'Ursula von der Leyen : du ministère de la Défense allemand à la Commission européenne

Les scandales financiers d'Ursula von der Leyen du ministère de la Défense allemand à la Commission européenne

Ursula von der Leyen, l'actuelle présidente de la Commission européenne, a été impliquée dans plusieurs scandales financiers au cours de sa carrière politique, d'abord en tant que ministre de la Défense en Allemagne, puis à la tête de l'exécutif européen. Ces affaires ont soulevé des questions sur sa gestion des fonds publics, sa transparence et ses liens potentiels avec le secteur privé. Examinons en détail les principaux scandales qui ont jalonné son parcours.

I. Les scandales au ministère de la Défense allemand (2013-2019)

1. L'affaire des consultants externes

Le plus important scandale ayant touché Ursula von der Leyen lors de son mandat de ministre de la Défense concerne le recours massif et coûteux à des consultants externes. En 2018, la Cour des comptes fédérale allemande a révélé que le ministère avait dépensé des centaines de millions d'euros en contrats de conseil, souvent sans respecter les procédures d'appel d'offres.

Selon les estimations, plus de 200 millions d'euros auraient été versés à des consultants externes rien qu'en 2015 et 2016. La Cour des comptes a jugé que moins de la moitié des contrats avaient été attribués dans le respect des règles de passation des marchés publics.

Cette affaire a conduit à la création d'une commission d'enquête parlementaire en 2019. Ursula von der Leyen a été accusée d'avoir favorisé certaines entreprises de conseil, notamment McKinsey, et d'avoir contourné les procédures légales pour attribuer des contrats lucratifs.

2. Le scandale des SMS effacés

Dans le cadre de l'enquête sur l'affaire des consultants, une nouvelle controverse a éclaté lorsqu'il est apparu que tous les messages du téléphone portable professionnel d'Ursula von der Leyen avaient été effacés. La commission d'enquête parlementaire avait demandé l'accès à ces messages, considérés comme des documents officiels potentiellement pertinents pour l'investigation.

La suppression de ces données a été perçue comme une tentative d'obstruction à l'enquête et a soulevé des questions sur la transparence de la gestion du ministère par von der Leyen. Cette affaire, surnommée "SMS-Gate" dans les médias allemands, a considérablement terni sa réputation.

3. Les dépassements de coûts dans les projets d'armement

Sous la direction d'Ursula von der Leyen, le ministère de la Défense a été critiqué pour sa gestion de plusieurs grands projets d'armement ayant connu d'importants dépassements de coûts et des retards. Parmi les exemples les plus notables :

  • La rénovation du navire-école Gorch Fock, dont le coût est passé de 10 millions à plus de 135 millions d'euros.

  • Le développement de l'hélicoptère NH90, marqué par des retards et des surcoûts.

  • Les problèmes récurrents avec l'avion de transport militaire A400M.

Ces échecs ont alimenté les critiques sur la capacité de von der Leyen à gérer efficacement les ressources du ministère et à superviser des projets complexes.

II. Les controverses à la Commission européenne (depuis 2019)

1. Le "Pfizergate"

L'affaire la plus médiatisée impliquant Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne concerne les négociations pour l'achat de vaccins contre le Covid-19 auprès du laboratoire Pfizer. En avril 2021, le New York Times a révélé que la présidente de la Commission avait négocié directement par SMS avec Albert Bourla, le PDG de Pfizer, un contrat de 1,8 milliard de doses de vaccin.

Cette révélation a soulevé plusieurs problèmes :

  • Le non-respect des procédures habituelles de négociation et de passation de marchés de l'UE.

  • Le manque de transparence, von der Leyen ayant refusé de divulguer le contenu de ces SMS malgré les demandes répétées.

  • Des soupçons de conflit d'intérêts, le mari d'Ursula von der Leyen, Heiko von der Leyen, étant directeur médical d'une entreprise de biotechnologie ayant des liens avec Pfizer.

En juin 2022, la Médiatrice européenne Emily O'Reilly a qualifié le refus de la Commission de divulguer ces messages de "mauvaise administration". Une plainte a été déposée en Belgique en avril 2023 par un lobbyiste, accusant von der Leyen d'usurpation de fonctions, de destruction de documents publics et de prise illégale d'intérêts.

2. L'affaire Piepergate

En 2024, une nouvelle controverse a éclaté concernant la nomination de Markus Pieper, un eurodéputé allemand du Parti populaire européen (PPE), au poste d'envoyé de l'UE pour les petites et moyennes entreprises. Cette nomination a été critiquée pour plusieurs raisons :

  • Manque de transparence dans le processus de sélection.

  • Soupçons de favoritisme, Pieper appartenant au même parti politique qu'Ursula von der Leyen.

  • Des informations selon lesquelles d'autres candidats auraient obtenu de meilleures évaluations lors du processus de sélection.

Cette affaire a conduit à une lettre de protestation signée par plusieurs commissaires européens, mettant en cause l'intégrité du processus de nomination et la gestion d'Ursula von der Leyen.

3. Questionnements sur la gestion des fonds de relance post-Covid

La gestion par la Commission européenne des fonds de relance post-Covid, notamment le plan NextGenerationEU de 750 milliards d'euros, a également fait l'objet de critiques. Des inquiétudes ont été soulevées quant à la surveillance de l'utilisation de ces fonds et à la capacité de prévenir la fraude et la corruption.

Bien que ces critiques ne visent pas directement Ursula von der Leyen, elles soulèvent des questions sur sa capacité à assurer une gestion transparente et efficace des ressources de l'UE.

III. Analyse et implications

1. Impact sur la réputation et la légitimité

Ces scandales successifs ont eu un impact significatif sur la réputation d'Ursula von der Leyen, tant en Allemagne qu'au niveau européen. Ils ont alimenté les critiques sur son style de gestion, sa transparence et son intégrité. Sa légitimité en tant que présidente de la Commission européenne a été remise en question, notamment par les eurosceptiques et les opposants à une plus grande intégration européenne.

2. Questions sur la gouvernance et la responsabilité au sein de l'UE

Les affaires impliquant von der Leyen ont également mis en lumière des problèmes plus larges de gouvernance et de responsabilité au sein des institutions européennes. Elles ont soulevé des questions sur :

  • La transparence des processus décisionnels de l'UE.

  • L'équilibre entre efficacité et

    respect des procédures dans les situations de crise.

  • La surveillance des hauts fonctionnaires européens et les mécanismes de contrôle en place.

3. Défis pour l'avenir de la Commission européenne

Alors qu'Ursula von der Leyen brigue un second mandat à la tête de la Commission, ces scandales pourraient peser sur sa candidature. Ils soulèvent des interrogations sur sa capacité à diriger efficacement l'institution et à restaurer la confiance des citoyens européens dans les instances de l'UE.

De plus, ces affaires pourraient influencer les futures nominations aux postes clés de l'UE, avec une pression accrue pour une plus grande transparence et un examen plus approfondi des candidats.

Conclusion

Les scandales financiers impliquant Ursula von der Leyen, du ministère de la Défense allemand à la Commission européenne, révèlent des problèmes récurrents de gestion, de transparence et de respect des procédures. Bien qu'aucune condamnation n'ait été prononcée à ce jour, ces affaires ont considérablement terni son image et soulèvent des questions importantes sur la gouvernance au sein des institutions européennes.

Ces controverses mettent en lumière la nécessité d'une plus grande transparence dans les processus décisionnels de l'UE, d'un renforcement des mécanismes de contrôle et d'une responsabilisation accrue des hauts fonctionnaires européens. Elles soulignent également l'importance d'un équilibre entre l'efficacité de l'action publique et le respect scrupuleux des règles et procédures, même en temps de crise.

L'avenir politique d'Ursula von der Leyen et la confiance des citoyens européens dans les institutions de l'UE dépendront en grande partie de la manière dont ces questions seront abordées et résolues dans les mois et années à venir. Une réforme en profondeur des pratiques de gouvernance au sein de l'UE pourrait s'avérer nécessaire pour restaurer la confiance et renforcer la légitimité des institutions européennes face aux défis croissants auxquels elles sont confrontées.