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26 juin 2024 Par Philippe Renaud Non

Les dirigeants-clés de l'UE s'accordent sur un deuxième mandat pour Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne

Les dirigeants-clés de l'UE s'accordent sur un deuxième mandat pour Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne

Après des semaines de négociations et de spéculations, les principaux dirigeants de l'Union européenne semblent être parvenus à un accord pour reconduire Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne pour un second mandat. Cette décision, si elle se confirme, marquerait une continuité dans la direction de l'exécutif européen à un moment crucial pour l'avenir de l'UE.

Un accord entre les principales familles politiques européennes

Selon des sources proches des discussions, les représentants des trois principaux groupes politiques au Parlement européen - le Parti populaire européen (PPE, droite), les Socialistes et démocrates (S&D) et Renew Europe (centristes et libéraux) - se sont mis d'accord pour soutenir la candidature de von der Leyen pour un nouveau mandat de cinq ans.

Cet accord intervient après d'intenses tractations en coulisses, les différentes familles politiques cherchant à peser dans la répartition des postes-clés au sein des institutions européennes. Le soutien du PPE, dont est issue von der Leyen, était acquis depuis plusieurs mois. L'adhésion des socialistes et des libéraux était en revanche moins certaine et a nécessité des compromis sur d'autres nominations.

Un parcours semé d'embûches

Le chemin vers un second mandat n'a pas été sans obstacles pour Ursula von der Leyen. Élue de justesse en 2019 avec seulement neuf voix de majorité au Parlement européen, elle a dû faire face à de nombreux défis au cours de son premier mandat.

La pandémie de Covid-19 a mis à rude épreuve la cohésion européenne, obligeant la Commission à coordonner une réponse sanitaire et économique sans précédent. La guerre en Ukraine a ensuite bouleversé l'agenda européen, plaçant les questions de sécurité et d'indépendance énergétique au premier plan.

Sur le plan intérieur, von der Leyen a dû composer avec la montée des forces eurosceptiques et nationalistes dans plusieurs pays membres. Son Pacte vert pour une Europe climatiquement neutre d'ici 2050 a suscité des résistances, notamment dans les régions les plus dépendantes des énergies fossiles.

Malgré ces difficultés, von der Leyen semble avoir convaincu une majorité de dirigeants européens qu'elle était la mieux placée pour assurer la continuité à la tête de la Commission dans un contexte géopolitique instable.

Les défis du second mandat

Si sa nomination est confirmée, Ursula von der Leyen devra relever de nombreux défis au cours des cinq prochaines années :

1. Poursuivre la transition écologique

Le Pacte vert européen restera au cœur de l'agenda de la Commission. Von der Leyen devra trouver un équilibre entre les ambitions climatiques de l'UE et les préoccupations économiques et sociales de certains États membres et secteurs industriels.

2. Renforcer l'autonomie stratégique de l'UE

La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques croissantes ont mis en lumière la nécessité pour l'Europe de réduire ses dépendances extérieures, notamment dans les domaines de l'énergie, des technologies critiques et de la défense.

3. Gérer les relations avec la Chine et les États-Unis

L'UE devra définir une position équilibrée vis-à-vis de ces deux puissances, entre coopération et rivalité, tout en affirmant ses propres intérêts sur la scène internationale.

4. Réformer la gouvernance économique européenne

La révision des règles budgétaires de l'UE et l'approfondissement de l'union économique et monétaire seront des chantiers majeurs du prochain mandat.

5. Faire face aux défis migratoires

La question migratoire reste un sujet de division au sein de l'UE. Von der Leyen devra tenter de faire aboutir une réforme du système d'asile européen.

6. Élargissement et voisinage

Les négociations d'adhésion avec l'Ukraine et les Balkans occidentaux, ainsi que les relations avec le Royaume-Uni post-Brexit, occuperont une place importante dans l'agenda européen.

Une femme d'expérience à la barre

Âgée de 65 ans, Ursula von der Leyen peut s'appuyer sur une solide expérience politique. Avant de prendre la tête de la Commission européenne en 2019, elle a occupé plusieurs postes ministériels en Allemagne sous la chancellerie d'Angela Merkel, notamment à la Défense de 2013 à 2019.

Sa connaissance approfondie des rouages européens et sa capacité à construire des consensus entre les différents États membres sont des atouts précieux pour naviguer dans les eaux agitées de la politique européenne.

Von der Leyen a également su tisser des liens étroits avec les principaux dirigeants européens, notamment le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz, ce qui devrait faciliter la mise en œuvre de son programme.

Un processus de nomination encore à finaliser

Bien que l'accord entre les principales familles politiques soit un pas important, la nomination officielle d'Ursula von der Leyen pour un second mandat doit encore suivre plusieurs étapes :

  • Le Conseil européen, réunissant les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays membres, doit formellement proposer sa candidature.

  • Le Parlement européen devra ensuite approuver cette nomination à la majorité absolue de ses membres.

  • Si elle est confirmée, von der Leyen devra constituer sa nouvelle équipe de commissaires, en collaboration avec les États membres, avant un vote d'investiture du Parlement sur l'ensemble du collège.

Ce processus devrait s'étaler sur plusieurs mois, la prise de fonction du nouveau collège étant prévue pour novembre 2024.

Des voix critiques persistent

Malgré le soutien apparent d'une majorité de dirigeants européens, la perspective d'un second mandat pour Ursula von der Leyen ne fait pas l'unanimité.

Certains eurodéputés, notamment à gauche et chez les Verts, critiquent son bilan en matière sociale et environnementale, estimant que les ambitions affichées n'ont pas été suffisamment traduites en actes concrets.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, en conflit ouvert avec Bruxelles sur les questions d'État de droit, a déjà fait savoir qu'il s'opposerait à un nouveau mandat de von der Leyen.

Les négociations sur la composition de la prochaine Commission et la répartition des portefeuilles s'annoncent donc délicates, von der Leyen devant satisfaire les différentes sensibilités politiques et géographiques au sein de l'UE.

Vers une continuité dans la politique européenne ?

Si Ursula von der Leyen obtient effectivement un second mandat, cela marquerait une volonté de continuité dans la conduite des affaires européennes. Les grandes orientations définies lors de son premier mandat - transition écologique, transformation numérique, renforcement du rôle géopolitique de l'UE - devraient rester les axes structurants de la politique européenne.

Cependant, le contexte a considérablement évolué depuis 2019. La pandémie et la guerre en Ukraine ont bouleversé les priorités et accéléré certaines évolutions, comme la nécessité de renforcer la résilience et l'autonomie stratégique de l'UE.

Von der Leyen devra donc adapter son programme aux nouvelles réalités, tout en préservant l'unité d'une Union européenne confrontée à des défis internes et externes croissants.

Conclusion

 

Un test pour la démocratie européenne

La reconduction probable d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne illustre la recherche de stabilité et de continuité dans un monde incertain. Cependant, ce processus de nomination soulève également des questions sur le fonctionnement démocratique de l'UE.

Le système des "Spitzenkandidaten", censé lier le résultat des élections européennes à la désignation du président de la Commission, semble une nouvelle fois mis de côté. Cela pourrait alimenter les critiques sur le déficit démocratique des institutions européennes.

L'enjeu pour Ursula von der Leyen, si elle est confirmée, sera donc non seulement de mener à bien son programme politique, mais aussi de renforcer la légitimité et la transparence du processus décisionnel européen. C'est à cette condition qu'elle pourra espérer rallier une majorité de citoyens européens à son projet pour l'avenir de l'Union.

Dans un contexte de montée des populismes et de défiance envers les institutions, le prochain mandat de la Commission européenne sera crucial pour l'avenir du projet européen. Ursula von der Leyen aura la lourde tâche de démontrer la pertinence et l'efficacité de l'action européenne face aux grands défis de notre temps.