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30 juillet 2024 Par Philippe Renaud Non

Le quantitative easing : une politique monétaire non conventionnelle pour stimuler l'économie

e quantitative easing une politique monétaire

 

Le quantitative easing, ou assouplissement quantitatif en français, est une politique monétaire non conventionnelle mise en œuvre par les banques centrales pour stimuler l'économie lorsque les outils traditionnels ne suffisent plus. Cette stratégie, qui implique l'achat massif d'actifs financiers, a été largement utilisée depuis la crise financière de 2008 et continue de jouer un rôle important dans la gestion des politiques monétaires mondiales.

Origines et définition du quantitative easing

Le concept de quantitative easing a été introduit pour la première fois par l'économiste allemand Richard Werner en 1995, dans un article publié dans le journal japonais Nihon Keizai Shinbun. Cependant, c'est la Banque du Japon qui a été la première à mettre en pratique cette politique de manière significative, entre 2001 et 2006, pour tenter de sortir le pays de sa décennie perdue de stagnation économique.

Le QE consiste pour une banque centrale à acheter massivement des actifs financiers, principalement des obligations d'État et des titres adossés à des actifs, directement auprès des banques commerciales et d'autres institutions financières. Cette action a pour effet d'injecter de grandes quantités de liquidités dans le système financier, augmentant ainsi la masse monétaire en circulation.

Mécanismes et objectifs du quantitative easing

Le principal objectif du QE est de stimuler l'économie lorsque les taux d'intérêt directeurs sont déjà proches de zéro et que les politiques monétaires conventionnelles ont atteint leurs limites. Les mécanismes par lesquels le QE est censé fonctionner sont multiples :

  • Baisse des taux d'intérêt à long terme : En achetant massivement des obligations, la banque centrale fait monter leur prix, ce qui a pour effet de faire baisser leurs rendements. Cette baisse des taux longs est censée encourager les emprunts et les investissements.
  • Effet de rééquilibrage des portefeuilles : Les investisseurs, voyant les rendements des obligations baisser, sont incités à se tourner vers des actifs plus risqués, comme les actions, ce qui peut stimuler l'investissement et la croissance économique.
  • Augmentation de la liquidité bancaire : Les banques, en vendant des actifs à la banque centrale, voient leurs réserves augmenter, ce qui devrait théoriquement les inciter à accorder plus de prêts aux entreprises et aux particuliers.
  • Dépréciation de la monnaie : L'augmentation de la masse monétaire peut entraîner une dépréciation de la devise nationale, ce qui peut favoriser les exportations et stimuler l'inflation.
  • Effet de signal : L'annonce et la mise en œuvre du QE envoient un signal fort aux marchés sur la détermination de la banque centrale à soutenir l'économie, ce qui peut renforcer la confiance des acteurs économiques.

Mise en œuvre du quantitative easing par les principales banques centrales

Depuis la crise financière de 2008, plusieurs grandes banques centrales ont eu recours au QE :

  • La Réserve fédérale américaine (Fed) a lancé plusieurs programmes de QE entre 2008 et 2014, achetant pour des milliers de milliards de dollars d'obligations d'État et de titres adossés à des créances hypothécaires.
  • La Banque centrale européenne (BCE) a commencé son programme d'achats d'actifs en 2015, avec un volume mensuel initial de 60 milliards d'euros, qui a varié au fil du temps en fonction des conditions économiques.
  • La Banque d'Angleterre a également mis en place des programmes de QE à partir de 2009, achetant principalement des obligations d'État britanniques.
  • La Banque du Japon, pionnière en la matière, a continué à utiliser le QE de manière intensive, allant jusqu'à acheter des actions via des fonds indiciels cotés (ETF) en plus des obligations d'État.

Impacts économiques du quantitative easing

Les effets du QE sur l'économie ont fait l'objet de nombreuses études et débats. Parmi les impacts observés, on peut citer :

  • Baisse des taux d'intérêt : Le QE a effectivement contribué à maintenir les taux d'intérêt à long terme à des niveaux historiquement bas, facilitant le financement des États et des entreprises.
  • Soutien aux marchés financiers : Les injections massives de liquidités ont soutenu les cours des actions et des obligations, contribuant à la reprise des marchés financiers après la crise de 2008.
  • Effets sur l'inflation : Contrairement aux craintes initiales, le QE n'a pas entraîné d'explosion de l'inflation dans la plupart des économies avancées. Au contraire, il a plutôt aidé à lutter contre les risques de déflation.
  • Impact sur les taux de change : Le QE a généralement eu pour effet de déprécier la monnaie des pays qui l'ont mis en œuvre, bien que cet effet ait parfois été contrebalancé par d'autres facteurs.
  • Stimulation de la croissance économique : Bien qu'il soit difficile d'isoler précisément l'impact du QE, la plupart des études suggèrent qu'il a contribué à soutenir la croissance et l'emploi, notamment en évitant une contraction plus sévère du crédit.

Critiques et controverses autour du quantitative easing

Malgré ses effets positifs, le QE a également fait l'objet de nombreuses critiques :

  • Risque de bulles d'actifs : Certains économistes craignent que l'afflux massif de liquidités ne crée des bulles spéculatives sur les marchés financiers et immobiliers.
  • Inégalités : Le QE pourrait accentuer les inégalités en favorisant principalement les détenteurs d'actifs financiers.
  • Dépendance : Les marchés et les gouvernements pourraient devenir dépendants de cette politique, rendant difficile un retour à la normale.
  • Efficacité décroissante : L'impact du QE pourrait s'émousser avec le temps, nécessitant des doses toujours plus importantes pour obtenir les mêmes effets.
  • Distorsion des marchés : Les achats massifs de la banque centrale pourraient fausser les signaux de prix sur les marchés financiers.

L'avenir du quantitative easing

Alors que l'économie mondiale se remet progressivement de la crise du Covid-19, la question de la sortie du QE se pose avec acuité. Les banques centrales doivent naviguer entre le risque de retirer trop rapidement leur soutien et celui de maintenir trop longtemps des politiques ultra-accommodantes.

La normalisation des politiques monétaires, qui implique la réduction progressive des achats d'actifs et la remontée des taux d'intérêt, est un processus délicat qui pourrait avoir des répercussions importantes sur les marchés financiers et l'économie réelle.

Conclusion

Le quantitative easing s'est imposé comme un outil majeur de la politique monétaire moderne, permettant aux banques centrales d'agir même lorsque les taux d'intérêt sont proches de zéro. Bien que son efficacité et ses effets à long terme fassent encore débat, il a indéniablement joué un rôle crucial dans la gestion des crises économiques récentes.

À l'avenir, les décideurs politiques et les économistes devront continuer à évaluer attentivement les avantages et les risques de cette politique non conventionnelle. La façon dont les économies s'adapteront à la fin progressive du QE sera un sujet d'étude important pour les années à venir, alors que le monde économique cherche à trouver un nouvel équilibre post-crise.