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20 juin 2024 Par Alain Bonnet Non

L'Agence Française Anticorruption (AFA)

L'Agence Française Anticorruption (AFA)

Introduction

L'Agence Française Anticorruption (AFA) est un service à compétence nationale créé par la loi n°2016-1691 du 9 décembre 2016, également connue sous le nom de loi Sapin 2. Cette loi vise à renforcer la transparence, lutter contre la corruption et moderniser la vie économique en France. L'AFA est placée sous l'autorité conjointe du ministre de la Justice et du ministre chargé du Budget. Son rôle principal est d'aider les autorités compétentes et les personnes confrontées à des faits de corruption à prévenir et détecter ces infractions.

Missions de l'AFA

L'AFA exerce plusieurs missions essentielles, réparties en trois grandes catégories : le conseil, le contrôle et la coopération internationale.

Conseil

L'AFA fournit des conseils aux personnes morales de droit public et privé pour les aider à mettre en place des dispositifs de prévention et de détection de la corruption. Elle élabore des recommandations et des guides pratiques qui constituent le référentiel anticorruption français. Ces documents sont destinés à aider les entreprises et les administrations à se conformer aux exigences de la loi Sapin 2. Par exemple, l'AFA a publié un guide sur la fonction conformité anticorruption en entreprise et un autre sur les vérifications à mener lors d'opérations de fusion-acquisition.

Contrôle

L'AFA dispose d'un pouvoir administratif de contrôle lui permettant de vérifier la réalité et l'efficacité des mécanismes de conformité anticorruption mis en œuvre par les entreprises et les administrations publiques. Ces contrôles peuvent être initiés par le directeur de l'agence et concernent aussi bien les acteurs économiques que les administrations de l'État ou les collectivités territoriales. En cas de manquement, l'AFA peut prononcer des sanctions administratives, telles que des amendes pouvant atteindre 1 million d'euros pour les personnes morales et 200 000 euros pour les personnes physiques.

Coopération internationale

L'AFA participe activement aux travaux des organisations internationales, telles que l'OCDE, le GRECO (Groupe d'États contre la Corruption) et l'ONUDC (Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime). Elle assiste les autorités françaises dans la définition et la mise en œuvre de la position française au sein de ces organisations et mène des actions de coopération bilatérale avec d'autres autorités anticorruption.

Organisation de l'AFA

L'AFA est dirigée par un magistrat de l'ordre judiciaire hors hiérarchie, nommé par décret du président de la République pour une durée de six ans non renouvelable. Le directeur actuel est Charles Duchaine. L'agence est structurée en deux sous-directions : la sous-direction du conseil, de l'analyse stratégique et des affaires internationales, et la sous-direction du contrôle. Ces sous-directions sont elles-mêmes divisées en départements spécialisés dans le contrôle des acteurs économiques privés et publics.

Le conseil stratégique de l'AFA, présidé par le directeur, se réunit au moins une fois par an pour définir la stratégie globale de l'agence. Il est composé de huit membres désignés pour leur compétence financière et juridique, ainsi que pour leur expérience dans le domaine de la lutte contre la corruption.

Protection des lanceurs d'alerte

La loi Sapin 2 a également renforcé la protection des lanceurs d'alerte. L'AFA est désignée comme autorité externe de recueil des signalements pour certains faits d'atteintes à la probité. Les lanceurs d'alerte bénéficient d'une protection juridique contre les représailles, à condition que le signalement soit effectué de bonne foi et de manière désintéressée. L'AFA traite ces signalements de manière confidentielle et peut transmettre les informations à l'autorité judiciaire si nécessaire.

Impact et bilan

Depuis sa création, l'AFA a mené de nombreuses actions de conseil et de contrôle. En 2021, l'agence a engagé 34 nouveaux contrôles, portant à 159 le nombre total de contrôles ouverts depuis sa création. Elle a également traité 205 signalements et élaboré de nouveaux guides destinés aux PME, aux ETI, au secteur du bâtiment et aux associations et fondations. L'AFA a également développé des outils numériques innovants pour sensibiliser et former les publics à distance, comme un jeu sérieux à destination des acteurs publics.

Défis et perspectives

Malgré ses succès, l'AFA fait face à plusieurs défis. L'agence a été critiquée pour son manque de moyens et de soutien, ce qui limite son efficacité. Par exemple, l'OCDE a souligné la faiblesse des moyens affectés aux enquêtes de l'AFA dans son rapport de 2014. De plus, l'agence a été temporairement privée de son pouvoir de sanction, ce qui a affaibli son rôle de gendarme anticorruption.

Pour l'avenir, l'AFA prévoit de renforcer ses actions de prévention et de contrôle, notamment en vue des grands événements sportifs comme la Coupe du monde de Rugby en 2023 et les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. L'agence travaille également à l'élaboration d'un nouveau Plan national pluriannuel de lutte contre la corruption pour la période 2023-2025.

Conclusion

L'Agence Française Anticorruption joue un rôle crucial dans la lutte contre la corruption en France. Grâce à ses missions de conseil, de contrôle et de coopération internationale, elle contribue à renforcer l'intégrité et la probité dans la vie économique et les administrations publiques. Cependant, pour maximiser son efficacité, l'AFA doit surmonter les défis liés à ses ressources et à son pouvoir de sanction. Avec des efforts continus et une coopération renforcée, l'AFA peut continuer à jouer un rôle central dans la prévention et la détection de la corruption en France.